Inspirez-vous des champions du monde de l’emploi des seniors
Du Japon aux Etats-Unis en passant par la Suède, tour du monde des meilleures pratiques pour maintenir les seniors en emploi.
En France, 76% des dirigeants considèrent les seniors comme un atout pour leur entreprise. Pourtant, moins de 30% de ces sociétés ont mis en place un plan d’actions à destination de leurs salariés de 50 ans et plus*, signe de la persistance de certains clichés.
Même s’il a considérablement crû au cours des 25 dernières années, le taux d’emploi des seniors, en France, se situe à 60,4%, soit 5 points en-dessous de la moyenne de l’Union européenne. A contrario, des pays comme la Suède, la Suisse ou la République tchèque affichent des taux records, de respectivement 78,1%, 77,8% et 77%. Des performances que l’on retrouve sur d’autres continents, à l’image de la Nouvelle-Zélande (77,7%) ou du Japon (79%).
Quelle est la recette de ces pays où il fait bon vieillir au travail ? Pour le savoir, l’ESCP Business School a mené, avec la Fédération Seniors Force Plus, une étude auprès de 18 pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie. Il en ressort une série de bonnes pratiques et autant d’inspirations pour les entreprises françaises.
Danemark : des retours ponctuels de seniors pour effectuer des remplacements
Au Danemark, où le taux d’emploi des seniors s’élève à 75% et où l’âge légal de départ à la retraite (actuellement fixé à 67 ans) doit progressivement être relevé pour atteindre 70 ans en 2040, le travail des seniors est boosté par un marché du travail flexible.
Les entreprises danoises offrent notamment la possibilité aux seniors d’occuper des contrats courts de remplacement, appelés les Timelonnet. C’est le cas par exemple d’un centre de soins public, cité dans l’étude, qui propose ce dispositif à d’anciens salariés pendant les vacances et les congés maladie de leurs collaborateurs, ou lors des pics d’activité. Ces personnes sont payées à l’heure sans temps minimum.
Finlande : des initiatives de transmission intergénérationnelle
En Finlande, où le taux d’emploi des seniors atteint 71,7 % et où la population vieillit rapidement, le pays a su anticiper les défis de l’évolution démographique. De nombreuses entreprises de technologie finlandaises ont constitué des binômes senior-junior. Le principe : les plus expérimentés transmettent leur expertise et les plus jeunes leurs savoir-faire technologiques. Les entreprises procèdent aussi à des recrutements anticipés, c’est-à-dire qu’elles embauchent un senior au chômage, peu avant sa retraite, pour transmettre ses compétences aux salariés plus jeunes.
Islande : des programmes de formation continue dédiés
Avec 81,2 % de ses seniors en emploi, l’Islande figure parmi les leaders mondiaux. L’un des facteurs de son succès réside dans ses centres publics de formation continue : 22% de la population active a ainsi recours à de la formation continue. L’Islande finance publiquement ces centres de formation, dont certains sont dédiés aux seniors, afin de favoriser une mise à niveau continue de leurs compétences.
Lettonie : des audits de l’environnement de travail
Dans l’état balte, qui compte 71,9 % de seniors en emploi, les entreprises réalisent régulièrement des audits de leur environnement de travail pour en évaluer le caractère inclusif en matière d’âge et identifier des postes « à risque ». A titre d’exemple, l’industriel textile Proniks Ltd a entièrement réaménagé sa chaîne de production à renfort de sièges ajustables, d’une meilleure luminosité et de systèmes de ventilation et de température adaptée. Il a également instauré des pauses plus régulières pour prévenir l’apparition de troubles musculosquelettiques chez ces travailleurs plus vulnérables.
République Tchèque : des temps de travail ajustables mensuellement
La République Tchèque se distingue par une forte participation des seniors au marché du travail (77 %), ce qui la place au 3e rang en Europe. Là-bas, plusieurs entreprises proposent des aménagements d’horaires à la carte à leurs collaborateurs expérimentés. Krajska Zdravotni, le plus grand employeur hospitalier du pays, qui compte 10 000 salariés, a notamment mis en œuvre un système flexible où toutes les demandes de temps partiel des seniors sont automatiquement acceptées et ajustables mensuellement. En outre, les employés les plus âgés sont prioritaires pour les postes aux horaires matinaux, afin de respecter leur rythme biologique et d’améliorer l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
Etats-Unis : des stages de remise à niveau
Aux Etats-Unis, où le taux d’emploi des seniors atteint 64,5 %, certains employeurs ont mis en place des dispositifs de returnship (contraction d’internship et de return). A l’image du stage, qui permet aux jeunes diplômés de faire leurs premières armes sur le marché du travail, le returnship remet le pied à l’étrier aux seniors qui reprennent un poste après une interruption de carrière (chômage, raisons familiales, problèmes de santé…).
Goldman Sachs, JPMorgan Chase et IBM ont notamment mis en place des cohortes de returnship, offrant une remise à niveau, du mentorat et un tremplin vers une embauche pérenne aux seniors ayant passé deux ans ou plus hors du monde du travail.
Royaume-Uni : un outil d’auto-évaluation des offres d’emploi
Avec un âge médian supérieur à 40 ans et une part croissante des plus de 50 ans dans la population active, le maintien en activité des seniors constitue également un enjeu économique et social majeur au Royaume-Uni, où 77,1 % des seniors sont en emploi.
Aux côtés d’employeurs pilotes, le Centre for Ageing Better a développé un outil d’auto-évaluation des offres d’emploi. Ce projet, baptisé GROW (Good Recruitment for Older Workers), a pour objectif d’éliminer les formulations stéréotypées (de type « équipe jeune et dynamique »), de mettre en avant les compétences et comportements attendus plutôt que le nombre d’années d’expérience et de clarifier les options de travail flexible offertes par le poste, en vue de rendre les offres d’emploi plus inclusives pour les travailleurs expérimentés.
Japon : des programmes de reconversion
Au Japon, où les plus de 65 ans représentent 29,3% de la population, le taux d’emploi des seniors atteint 79%. Un chiffre exceptionnel soutenu par une culture du travail durable et des politiques publiques proactives.
Le gouvernement a mis en place 300 Lifelong Employment Support Offices, gérés par l’équivalent japonais de France Travail. Ces espaces sont voués à aider les seniors à se requalifier et à retrouver un emploi. Certaines entreprises, à l’image de la société de service public de gaz Tokyo Gas, offrent également un accompagnement individuel dès 50 ans (mentorat, orientation, formation) à leur collaborateurs. De son côté, l’entreprise de gestion immobilière Tokyo Community Corp récompense financièrement les seniors qui obtiennent des certifications professionnelles.
* enquête réalisée par Ipsos/BVA pour le cabinet Robert Walters Management de Transition entre le 11 et 23 juillet 2025 auprès de 300 cadres dirigeants travaillant dans une entreprise de 100 salariés ou plus. Echantillon interrogé par internet.