C’est comment de travailler au Far West ?
Suite des aventures de Clémence, notre jobtrotteuse installée à San Francisco. Cette jeune étudiante de Sciences Po Rennes nous raconte le monde de l’entreprise américaine et nous fait part de la si typique friendly attitude américaine !
Lorsque mes recherches de logement se sont éternisées, j’ai de nombreuses fois eu le droit aux conseils de mes « co-workers » concernant la marche à suivre, et quasi-systématiquement, ceux-ci m’ont fait savoir qu’ils me tiendraient au courant d’un possible bon plan. S’il est vrai que ce genre de démarche solidaire -très courante aux USA- peut paraître quelque peu surfaite et pas forcément sincère, elle aboutit parfois à de véritables solutions.
« Je travaille donc je suis »
Il n’y a pas de pays où « l’éthique du travail » telle que la concevait Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme ne soit plus ancrée qu’aux USA. Plus simplement, et parce que la société américaine juge chacun au travers du prisme de la réussite professionnelle, l’américain se définit par son « job ». Il est ainsi amusant parfois effrayant, de constater au quotidien ces petites différences qui distinguent clairement un Américain d’un Français au travail. Celles-ci s’illustrent de manière frappante au niveau du rythme d’une journée travaillée.
Mais le détail qui pour la française que je suis est le plus difficile à comprendre (ne serait-ce qu’à envisager et en dépit de l’inexistence des 5 semaines de congés payés, OK) est l’absence de pauses repas le midi. Par « pause », j’entends un repas pris à l’extérieur du bureau durant un laps de temps d’une heure, ou au moins dans une salle différente de l’espace de travail habituel. Ce concept, clairement, est inconnu aux américains pour qui la petite « pause » déjeuner consiste en la synchronisation de l’envoi d’un mail d’une main et le port de la fourchette jusqu’au Tupperware de l’autre main, le tout sur une chaise devant l’ordinateur, dos à leurs collègues. Encore aujourd’hui je suis surprise de constater à quel point mes petits pique-niques sur l’herbe du parc qui entoure mon bureau semble choquer les âmes travailleuses de mon entreprise, qui rappelons-le, reste une non-profit organization.
Souvent, je m’interroge sur cet engouement pour les journées sans pause, cet amour du « j’ai toujours l’air occupé » si chère aux américains. Il faut s’investir à 100%, chaque seconde est importante pour réussir et décrocher la promotion qui boostera une carrière. Indéniablement, la peur de devenir un « looser » plane sur les comportements , une crainte certainement liée à la projection que chacun se fait d’une perte d’emploi qui coûterait les études du petit dernier ou les soins hospitaliers du conjoint, dans ce pays où une année de maternelle comme une journée d’hospitalisation représentent un véritable investissement.
Etrange pays, étrange cercle vicieux, mais vertueux à la fois où parce qu’il est fragile le rêve se pousse toujours plus loin. Ici, on risque beaucoup et on obtient beaucoup, aussi. C’est encore en Californie qu’on invente demain et l’individualisme poussé à ses limites en est peut-être le secret, c’est vrai. Mais lorsque j’apprends, incrédule, le licenciement d’un collègue quelques jours avant Noël, via une simple ligne dans le compte rendu hebdomadaire et non pas par mes autres co-workers qui semblent heureux, fringants et « friendly » comme chaque jour, je me dis que oui, la France parfois me manque.
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