Absentéisme et présentéisme, frères ennemis de la performance des entreprises

De deux maux il faut choisir le moindre ! Pour autant difficile de trancher entre des salariés absents et des salariés à la présence contre-productive. Mais de quoi parle-t-on exactement quand on évoque l’absentéisme et le présentéisme ?

Absentéisme et présentéisme
Venir au bureau quand on est malade, une très mauvaise idée à tous les points de vue. (GettyImages/Gpointstudio)

[LONG FORMAT] Salariés trop absents, salariés trop présents, deux cas de figure opposés avec un point commun non négligeable : ils coûtent cher aux entreprises. Et ces dernières rechignent parfois à prendre ces problèmes à bras le corps, se cachant derrière un constat simpliste et manichéen qui voudrait qu’être à son poste de travail, c’est bien, et être absent de son poste de travail, c’est donner un mauvais signal à sa hiérarchie. En réalité, il faut chercher la solution en amont des symptômes pour comprendre les causes de ces comportements qui nuisent à la performance des entreprises.

Le taux d’absentéisme, baromètre du bonheur au travail

L’absentéisme, c’est “le fait d’être absent de manière habituelle ou systématique du lieu de travail”. Pour l’évaluer, on s’appuie sur la cause, la répétition et la durée sur une période donnée. Pourquoi les salariés “s’absentent-ils” de leur travail ? Plusieurs facteurs entre en ligne de compte : la pénibilité du travail, l’âge des salariés, de mauvaises conditions de travail ou une surcharge de travail, le stress ou le manque de reconnaissance, un climat social préoccupant ou une mauvaise ambiance de travail…

Un taux d’absentéisme normal se situe en-dessous des 3%. Cet absentéisme dit structurel est compliqué à faire baisser à moins, par exemple, de n’embaucher que des hommes pour éviter les congés maternité.

Les Français n’ont jamais été aussi absents au travail

Quel coût pour les entreprises ?

Dans son étude sur l’origine et le coût de l’absentéisme en France, l’institut Sapiens a calculé un manque à gagner de 108 milliards d’euros par an pour les entreprises, soient 4059 euros par an et par salarié. Un coût qui n’est pas comptabilisé par les entreprises concernées : pour le calculer, les auteurs de l’étude se sont appuyés sur les salaires versés aux absents, le temps passé par leurs collègues à compenser leur absence et les dépenses liées aux prestataires externes, toujours pour compenser le dysfonctionnement lié à l’absence.

Un tiers des absences est lié à des circonstances inévitables : congés maladie, accidents de travail, congé maternité… Pour les autres, l’étude parle de motivations “de convenance” ( déprime, troubles musculo-squelettiques…) derrières lesquelles se cachent quasi systématiquement de mauvaises conditions de travail, une organisation défaillante ou des problématiques de management. Pour lutter contre l’absentéisme, les entreprises ont tout à gagner à y faire face et à mettre en place des solutions pour améliorer les conditions de travail de leurs salariés. Non seulement elles feraient baisser leur taux d’absentéisme mais elles pourraient même tabler sur une meilleure croissance et une amélioration de la QVT, avec à la clé des conséquences positives sur leur marque employeur.

Être malade ou bien vu au travail : il faut choisir !

Le présentéisme, c’est quoi ?

Deux formes de présentéisme sévissent dans les entreprises. La première, le présentéisme contemplatif, décrit une situation où le salarié est bien à son poste mais ne travaille pas vraiment. La deuxième version, c’est le présentéisme stratégique (ou compétitif) : le salarié arrive tôt et part tard en espérant combler les attentes de son manager.

On parle même de surprésentéisme – ou présentéisme pathologique –  pour qualifier un phénomène plutôt courant : le fait de travailler en étant malade (cela concerne la santé physique comme la santé psychique), alors qu’une visite chez le médecin conduirait clairement à un arrêt de travail. 11,3% des employés français ont souffert de suprésentéisme en 2018 et 48% déclarent avoir déjà travaillé en étant malade durant l’année passée. En Angleterre, 40% des personnes interrogées dans une étude du CIPD reconnaissent que la qualité de leur travail a déjà été affectée par des problèmes de santé.

Au Japon un drone chasse les salariés qui travaillent trop !

Le présentéisme, une question de culture d’entreprise

Ces salariés présents et malades sont finalement peu incités à rentrer chez eux par leurs managers (en dehors de cas de maladies très contagieuses) alors que cette présence sur le lieu de travail est à la fois source d’incompréhensions avec les collègues et de soucis de santé potentiellement amenés à se compliquer. Le burn out, notamment, touche des personnes qui nient leurs difficultés à continuer à assurer les missions qui leur sont confiées.

Comme l’absentéisme, le présentéisme coûte cher aux entreprises ! Un salarié malade est moins performant et forcément moins motivé. Et le surprésentéisme comme le présentéisme stratégique sont d’ordre culturel. Si un manager vient travailler malade, il envoie un mauvais signal à ses équipes qui auront plus de difficultés à se détacher de ce modèle qui n’en est pas un. Quant au présentéisme stratégique, le concept ferait sourire nos voisins européens. En Allemagne ou dans les pays du Nord, la priorité va à la productivité. Travailler tard et partir après les autres s’assimilent donc à un manque d’efficacité. Une logique limpide pourtant loin d’être partagée par tous dans les entreprises françaises.

« Le présentéisme, un problème de maturité managériale »

Par Stéphanie Davalo

Lead Content Manager chez HelloWork depuis 2018

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