« C’est dans le pipe », « shooter des mails », les 100 expressions à bannir (à tout jamais) au bureau
Quentin Périnel est chroniqueur et journaliste au Figaro. Chaque semaine, il décrypte une expression à bannir dans une chronique intitulée Le bureaulogue. « Je suis sous l’eau », « c’est dans le pipe », « on se fait un petit point ? », « shooter des mails », « comme tout un chacun… » sont autant d’expressions ou de barbarismes nés de la novlangue du bureau. Le journaliste, amoureux de la langue française, a compilé deux ans de chroniques dans un joli livre Les 100 expressions à bannir au bureau. Interview.

Comment vous est venue cette idée de chronique ?

Comment compilez-vous ces expressions ?

Vous êtes un amoureux des mots …
Oui ! Des mots désuets et de la langue française depuis longtemps. J’aime les mots qui sont en voie de disparition, j’ai toujours aimé dire des mots que les autres ne disent pas. Moi-même j’ai toujours eu des tics de langage. Je trouve cela un peu triste que nous apprenions une si belle langue sur les bancs de l’école, et que, une fois projetés dans le monde du travail, nous participions à une sorte de déconstruction de cette même langue, comme si on ne nous avait jamais rien enseigné…
Pourquoi parle-t-on la novlangue ?
L’expression qui résume parfaitement ce phénomène linguistique c’est celle qui dit « on se met en mode startup ». Aujourd’hui, tout le monde veut se mettre en mode startup, mais sans trop savoir ni pourquoi, ni comment, finalement ! Notre inconscient nous dit que c’est stylé de parler un franglais, et plus on parle n’importe comment, plus on devient quelqu’un d’important. Quel consultant ne dit jamais « shooter des mails » ? Nous le faisons pour attirer l’attention, amusons-nous un peu et réalisons que notre manière de parler au boulot frise souvent le ridicule.
Comment construisez-vous votre chronique ?
Un tiers de mes chroniques vient de recherches que je fais auprès de l’Académie française. Il y a également une partie de mise en scène romancée. Par exemple, si j’utilise l’expression « en toute transparence », c’est très simple, il suffit de s’imaginer dans quelles circonstances on l’utilise. Il y a, enfin, une partie interprétative ou un conseil pour apprendre à utiliser une autre expression.
Pour nous, la pire c’est « Comment ça va ? Comme un lundi », et vous ?
Au début c’était l’expression « je reviens vers vous » parce que je trouvais qu’on l’avait trop entendue. Elle m’agaçait à l’oreille. Mais après réflexion, je la trouve plutôt attachante. C’est ridicule cette notion de mouvement alors qu’il n’y a pas de mouvement; Je l’avais traitée dans une chronique suite à un événement survenu au bureau. Je devais rendre un sujet à l’un de mes supérieurs, j’attendais son retour par mal, quand il m’a dit : » Je viens vers toi », sous-entendu je te réponds, alors que précisément il s’en allait. Il ne venait donc pas du tout vers moi ! Elle est tellement drôle. Je suis attendri par cette phrase autant que je la déteste.
Petit brainstorming des prochains buzz words ?
Pour le moment, j’ai arrêté la chronique mais le bureaulogue n’est pas mort et il peut frapper à tout moment… !
Les 100 expressions à bannir au bureau de Quentin Périnel aux éditions Le Figaro Eds, 9,90 euros.
(istockphoto.com/alvarez).