« Longtemps cantonnées aux espaces verts, les entreprises adaptées investissent aujourd’hui tous les domaines »

Les personnes en situation de handicap sont deux fois plus touchées par le chômage. Elles travaillent soit dans des entreprises dites classiques soit dans des entreprises adaptées. On en compte 800 en France. Elles représentent 1,8 millions d’euros de chiffres d’affaires. D’ici 2022, celles-ci prévoient 40 000 embauches. Comment s’y prendre ? Explications avec Cyril Gayssot, président de l’UNEA (Union nationale des entreprises adaptées).

Quelle différence y a-t-il entre une entreprise adaptée et une entreprise classique ?

Il faut préciser qu’une entreprise adaptée est d’abord une entreprise : 79 % de ses recettes proviennent de ses clients. Comme toutes les entreprises, elle doit donc se développer socialement et économiquement dans un marché très concurrentiel. La différence, ce sont les devoirs qu’elle a envers la société. Concernant ses devoirs, elle doit employer 79 % de personnes en situation de handicap éligibles aux aides compensatoires. Elle doit également faire preuve de flexibilité pour faire en sorte que ses salariés se sentent chez eux. L’entreprise adaptée doit être un lieu de reconnaissance, de statut et d’épanouissement de soi c’est pour cela que ces personnes, très éloignées du contexte de l’emploi, nécessitent une flexibilité de travail.

Il faut ensuite s’interroger sur la notion même de handicap. Qu’est-ce que le handicap ? C’est une rencontre entre une déficience avérée (motrice, cécité etc…) et un contexte. Celui-ci favorise ou entrave l’intégration des personnes en situation de handicap. Nous vivons dans une société très normée, tout le monde vit une normalité à marche forcée. On ne se sent jamais à la bonne place que ce soit du point de vue culturel, éducatif, administratif…  Pour rester compétitives, les entreprises norment énormément pour être sûre d’arriver à la rentabilité. Les personnes en situation de handicap qui ont des besoins spécifiques butent contre ces normes. Les entreprises adaptées, elles, flexibilisent le travail, taillent sur mesure les activités pour que ces personnes puissent s’émanciper.

Comment faire pour rester compétitif quand on est une entreprise adaptée ?

Le chiffre d’affaires de ces entreprises ne cesse d’augmenter. Depuis 2011, nous n’avons plus de subventions d’adaptation pour les entreprises en difficulté et pourtant nos entreprises ne cessent de faire croître leur chiffre d’affaires, preuve que c’est possible.  Comment font-elles ? Elles font œuvre d’agilité pour réussir à mettre en œuvre des processus efficients afin d’avoir le même rendu qu’une autre société. Elles font les choses différemment mais en définitive le travail sera fait de la même façon. Aucun domaine n’est fermé aux entreprises adaptées : historiquement ces sociétés proposent trois ou quatre activités différentes car il faut créer des CDI et elles ont un rythme de développement à tenir, elles ont donc besoin d’activités saisonnières. Longtemps cantonnées au espaces verts, les entreprises adaptées investissent aujourd’hui tous les domaines.

L’UNEA souhaite que les nouveaux entrepreneurs s’intéressent plus au handicap. Expliquez-nous pourquoi ?

Les nouveaux entrepreneurs qui créent de la richesse ne connaissent rien au handicap. Nous considérons cela comme une bonne nouvelle car cela signifie qu’ils n’ont pas d’a priori. L’UNEA fait appel à ceux qui veulent se risquer.  Il faut juste un peu d’appétence.

40 000 embauches prévues d’ici 2022, c’est ambitieux…

Oui. Mais il faut changer d’échelle. A l’heure actuelle près de 36 000 handicapés travaillent dans les entreprises adaptées c’est trop peu. Nous voulons créer un choc ! Nous allons relever le défi ensemble pour créer les conditions de l’emploi. Si une entreprise adaptée fonctionne c’est à  79 % grâce à ses clients donc s’il n’y a pas de développement économique, il n’y aura pas de changement d’échelle, donc pas d’emplois. Mais nous ne pourrons pas le faire seuls. Il faut que tout le monde comprenne que les entreprises adaptées ne sont pas seulement là pour accompagner les salariés, elles sont des entreprises.

(istockphoto.com/SolStock).

Par Adélaïde Haslé

Membre de la team édito envolé vers de nouvelles aventures !

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